Meneldur Summerland's Runner

Inscrit le: 27 Juin 2003 Messages: 184 Localisation: Tavrobel, le Bourg des Piverts
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Posté le: Jeu Aoû 07, 2008 9:00 pm Sujet du message: Les Aventures de Jerry Cornelius - Michael Moorcock |
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J'ai hésité avant de créer ce sujet ici : à mon sens, la tétralogie Cornelius n'est pas de la science-fiction, mais la classer ailleurs serait assez égarant, comme me l'a indiqué Amra sur le chat. Mais au fond, cela correspondrait assez à ces quatre livres, réunis en un seul tome chez l'Atalante : Le Programme final, À bas le cancer !, L'Assassin anglais et Vous aimez la muzak?
Là, théoriquement, je devrais insérer un résumé de l'histoire, mais c'est rigoureusement impossible, vu que sur les quatre, il n'y a guère que le premier tome qui suive les règles conventionnelles du roman, c'est-à-dire qui ait un début, une fin (et quelle fin !), et des événements à peu près cohérents qui mènent de l'un à l'autre (ceux qui connaissent Elric se rendront rapidement compte qu'il s'agit d'un pastiche complet des premières nouvelles du héros albinos). Cette structure se délite dès le second tome et disparaît totalement dans les deux derniers, dans lesquels les chapitres deviennent parfaitement indépendants les uns des autres, où les personnages meurent pour mieux ressusciter un peu plus tard, du moins en apparence.
Le cadre est tout aussi bordélique. Certes, on reconnaît les noms de lieux, mais c'est dans une Europe et une Amérique (Amérike ?) totalement livrées à l'anarchie que nous plonge Moorcock, et avant tout dans un Londres psychédélique et décadent. Mais la dualité des années 60, auxquelles ces romans font lourdement référence, est bien marquée, et c'est aussi un monde sanglant qui se dessine sous les pas de Jerry Cornelius, et qui transparaît dans les titres de chapitres, issus de véritables publicités pour diverses armes lourdes.
Le pivot de ces pages, c'est évidemment lui : l'assassin anglais, moitié dandy charismatique, moitié loser patenté, moitié rock star fan des Beatles, moitié alter ego de Moorcock, moitié messie de l'Âge de la Science... Tel est l'insaisissable Cornelius, « mélange de James Bond, Mick Jagger et de messie avec un MESS majuscule » (vous aurez noté ses initiales), Blanc hermaphrodite dans le premier tome, Noir aux cheveux blancs dans le second, porté disparu dans la totalité du troisième, et... enfin lui-même dans le quatrième ? Autour de lui gravitent une dizaine de personnages avec lesquels il entretient des rapports aussi violents que changeants : son frère Frank, loque héroïnomane, l'évêque Beesley et sa fille Mitzi, la sombre Miss Brunner, l'ardente Una Persson, le prince Lobkowitz, Sébastien Auchinek, et bien sûr sa propre sœur, Catherine Cornelius, son amante, tantôt figure d'autorité tranquille, tantôt immobile, sépulcrale, morte ? Plus que de personnages, il faudrait parler d'archétypes, dont les apparences fluctuent autour d'éléments immuables, souvent inspirés de la commedia dell'arte.
Bref, des ouvrages déroutants, mais qui vous marquent à vie. Il ne faut pas chercher à les lire comme des romans normaux, assurément, et surtout pas comme une nouvelle variation sur le thème du Champion Éternel à la Corum ou Hawkmoon, mais leur structure déconstruite les rend d'autant plus fascinants, pour peu qu'on parvienne à entrer dans le monde de Jerry Cornelius, ce qui n'est pas forcément facile. Par chance, le premier tome est aussi le plus conventionnel, et donc le plus accessible, tout en donnant un bon aperçu de la suite. Dommage qu'elle ne soit disponible en français que dans une édition unique assez chère.  _________________ Right now I can't read too good
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